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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 08:59
Saint Yves en Paradis

Dr Alfred FOUQUET, Légendes, Contes et Chansons populaires du Morbihan, 1857, p. 102

Dès que saint Yves fut mort, il monta, bien entendu, tout droit au ciel et alla frapper à l'huis du paradis.

— Qui va là, dit saint Pierre, et que voulez-vous ?

— Parbleu, dit saint Yves, vous me la donnez belle ; quand on frappe à une porte, apparemment que c'est pour entrer.

— Pour entrer, c'est bientôt dit, grommela saint Pierre, mais tout le monde n'entre pas ici comme au cabaret... que faisiez-vous là-bas, de votre vivant ?

— J'étais avocat ! ! ! répondit saint Yves.

— Avocat ! ! ! reprit saint Pierre, vous vous trompez de porte, mon ami, allez frapper ailleurs et laissez-nous en paix, et il ferma lestement le battant qu'il avait entr'ouvert.

— Mais écoutez donc, dit le saint de Tréguier, je ne suis pas avocat comme les autres, moi ; je suis avocat des pauvres, et la charité doit me faire ouvrir cette porte...

— Laissez-moi donc tranquille, riposta aigrement saint Pierre, à travers le guichet, allez-vous me faire croire, par hasard, que les pauvres peuvent avoir des procès ?...

Et au lieu d'un tour de clef, il en donna deux à sa porte.

Saint Yves restait là, fort déconcerté, quand, par bonheur pour lui, arriva une religieuse de son pays qui venait de mourir en odeur de sainteté, et à laquelle saint Yves s'empressa de conter sa fâcheuse aventure.

— Pas possible, dit la religieuse ; on ne peut fermer la porte du paradis à un saint homme comme vous : il faut qu'il y ait méprise ; nous allons voir.

Et aussitôt la sœur frappa discrètement à la porte.

— Qu'y a-t-il encore ? dit saint Pierre, en mettant l'œil au guichet...

— C'est moi, mon frère, répondit la religieuse : ouvrez-moi, s'il vous plaît, ainsi qu'au bon saint Yves, qui se morfond là depuis longtemps.

Monsieur est avocat, dit saint Pierre, et j'ai l'ordre de ne pas ouvrir aux avocats.

— Mais vous faites erreur, mon cher frère, reprit la religieuse ; saint Yves n'est point un avocat de profession ; et s'il a plaidé quelquefois, c'est par pure bonté : c'est un saint prêtre plein de mérites devant Dieu et devant les hommes, et qui devrait avoir au ciel une des meilleures places...

— Eh ! que ne disait-il ça, tout d'abord ? Je ne lui aurais pas fait affront, car j'avais ordre d'ouvrir à saint Yves, prêtre. Allons, passez, et dépêchez-vous...

À peine introduit au ciel, saint Yves chercha à bien se caser. Il eût pu se mettre au banc des curés ; mais il y avait là trop peu de places vides ; avec ça que les curés étaient tous un peu replets. Il aima mieux descendre au banc des avocats, où il n'y avait personne, et où, par conséquent, il pouvait se prélasser à l'aise.

La sœur, au contraire, se rendit immédiatement au banc des religieuses ; mais elle ne put y trouver la plus petite place... Saint Yves, voyant son embarras, lui fit signe avec le doigt de venir à lui, et lui dit :

— Vous m'avez rendu un service dont je me trouve heureux de pouvoir m'acquitter : venez vous asseoir près de moi ; nous serons fort à l'aise, comme vous le voyez, et nous jaserons.

Pendant longtemps, le saint trégorais, tout occupé des splendeurs du paradis, resta la bouche close ; mais quand il eut satisfait ses yeux et ses oreilles, il commença, comme il se l'était proposé, à jaser avec la sœur. Il lui demanda des nouvelles du pays, de ses parents et de ses connaissances ; puis il se mit à lui raconter toute sa vie, et surtout ses beaux succès obtenus au barreau. Dans le feu de ses souvenirs, il voulut lui donner un échantillon de son éloquence, et lui débiter un de ses plus beaux plaidoyers ; mais il haussa si fort la voix qu'il donna à tous les saints des distractions, et appela sur lui l'attention de l'archange chargé de la police du paradis.

Cet archange vint aussitôt vers saint Yves, et le menaça de lui faire évacuer les lieux, s'il se permettait de pareilles incartades.

— Ah ! peste ! s'écria saint Yves, tout à son rôle d'avocat, je vous trouve plaisant, mon cher archange, quand vous le prenez sur ce ton !... Me mettre à la porte ! ! ! c'est plus facile à dire qu'à faire... Mais vous n'y pensez pas ; il y a là matière à procès pour cent ans au moins. Eh bien ! un procès soit ; nous plaiderons. D'abord, je vous fais observer que j'ai possession ; en second lieu, il y a prescription en ma faveur, et pour interrompre cette prescription, il faut citation en justice. Vous devez connaître le Code ; allons, voyons, où donc est votre huissier ?

— Ta ! ta ! ta ! quel train et que de paroles, dit l'archange. Je n'entends rien à votre grimoire ; mais puisqu'il faut un huissier pour vous faire entendre raison, je vais de suite vous en envoyer un.

Aussitôt l'archange se mit en quête d'un huissier, fouilla et refouilla avec soin tous les coins et recoins du paradis ; mais, ne pouvant y rencontrer l'ombre d'un huissier, force lui fut de laisser saint Yves où il était.

Seulement, pour préserver les saints contre les éclats de sa faconde, il fit dresser un nouveau banc pour les religieuses, y fit passer la sœur, et saint Yves, seul alors, resta coi.

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