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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 23:14

Langues_de_la_France1.jpg

Je remercie Marie-Claire Desmette (Maison du conte de Liège) de m'autoriser à reprendre son texte,

d'abord diffusé par ici : http ://users.swing.be/paroleactive/mensuel.htm


Qui parle le français académique, le français correct ? Moi, me direz-vous. Etes-vous si sûr ?
Qui n'a pas adopté un mot d'argot, un néologisme ? Qui n'a jamais boosté son récit par un anglicisme ? Qui n'a jamais parlé "bébé" à son enfant ? Il y a aussi le langage de groupe, celui des classes d'âges, des membres d'une profession, des internautes sans parler des innombrables rédacteurs de SMS. Ils ont chacun leur jargon, leur savoureux mélange.
Je pense aussi à tous les mots "étrangers" qui ont enrichi le français. Pyjama, par exemple qui vient de l'hindi et tous les innombrables que nous avons naturalisés. Sans oublier "rescapé", cadeau relativement récent du picard au français et lien avec ce qui suit.
Quant aux régionalismes, vous pensez si je les aime. Je pense aux mots, aux expressions qui reviennent parce qu'ils sont plus expressifs, plus savoureux que le français corseté. Parfois même sans que les locuteurs eux-mêmes s'en rendent compte.
Après ces considérations, je pose la question : qui ne parle pas un langage hybride ? et la réponse est : quasi personne.

Je continuerai ma réflexion avec un régionalisme particulier, celui de Soignies, en Belgique, à l'extrême est de la Picardie et avec mon expérience d'hybridisante. Je conte volontiers en français picardisé. Ce panachage a d'ailleurs une existence officielle. On lui a même trouvé un nom : le dravie. Dravie est la forme picarde de dravière et dravière est un vieux mot signifiant un met populaire, une bouillie faite de céréale et de légumineuse. Il se trouve encore au Littré de 1860.
Je dois me poser la question : ce français picardisé, ce dravie, peut-il être un outil de communication ?
Dans sa sphère propre, dans sa région, la réponse est oui.
Hors de sa région, avec des gens qui ne patoisent pas, la réponse n'est pas si facile. L'expérience m'apprend que je suis comprise, si pas au mot à mot, au moins suffisamment.
Voici quelques uns de mes moyens : l'expressivité de la voix, les gestes et la mimique, la mise en situation et le contexte, la traduction plus ou moins astucieuse, la répétition qui engendre l'apprentissage, la parenté entre les parlers locaux. Je peux aussi doser le mélange suivant l'endroit où je me trouve et à qui je parle.

Quels sont les effets d'un tel langage sur le public ? D'abord de l'amusement, ce qui est sympathique mais peut être un piège. Tout n'est pas drôle dans ce que je dis. Plusieurs personnes m'ont dit leur émotion de redécouvrir des mots enfouis dans leur mémoire. D'autres m'ont rapporté leur jouissance à la saveur des mots, même de ceux qu'ils ne comprenaient pas et souvent encore plus de ceux-là. L'oralité et la présence me paraissent indispensables. Les échanges et les partages "d'après" sont toujours animés.

Certaines de mes histoires naissent en français picardisé. Pourquoi ?
Dans mes histoires tirées de la Bible, plutôt de l'Écriture Sainte suivant le vocable de mon école, accent et mots patois que nous parlions entre nous et en fraude, me renvoient à mon enfance et à mes réactions d'alors. Celles-ci déterminent mes réflexions d'adulte, tout en conservant la logique naïve de ce temps-là. J'en retire une grande liberté.
Je me souviens aussi d'une commère du village, volubile et bonne narratrice. Elle était persuadée parler le français avec nous. En réalité, sans qu'elle en soit consciente, elle émaillait ses récits de tournure et de mots patois. Elle était irrésistible dans son français picardisé et je lui vole sa technique de langage.
J'ai aussi un spectacle tournant autour du folklore de ma région natale. Cela m'a paru évident de l'habiller de mots de chez nous.
Pour d'autres, je ne sais pas pourquoi.

On me demande parfois pourquoi ne pas utiliser intégralement le picard ? Je vous avoue que mon imprégnation n'a pas été assez forte pour que je me lance dans cette entreprise périlleuse. De plus, au-delà de ma prudence, il y a la volonté et le désir d'être comprise d'un plus grand public que celui des locuteurs picards.

Si je vous ai communiqué mon expérience, ce n'est évidemment pour me poser en modèle. C'est simplement pour amorcer un échange avec tous les hybridisants.
Vous qui wallonisez, brusseleerisez, qui émaillez vos histoires des mots de vos parents venus d'ailleurs, partagez vos expériences avec les lecteurs de ce Mensuel, vous serez utiles à nous tous.

 

Commentaire-anecdote reçu de l'ami Jean-Luc LAQUITTANT quelques mois après que j'aie diffusé cet article.

L'été dernier je contais en gallo à Rochefort en Terre, une femme est venue me voir en me disant qu'elle était Wallone, mais qu'elle avait  tout compris de mes histoires, car c'était à peu de chose près du VVallon. Elle était aussi heureuse qu'étonnée de cette découverte, car elle ne savait pas qu'il y avait une autre langue que le breton en Bretagne et surtout parce qu'elle avait découvert que nos ancêtres parlaient une langue commune (à l'origine du français) mais qui n'a rien a voir avec le Français d'aujourd'hui. Elle était très surprise et un peu sous le choc, j'espère qu'elle en est revenue ! Voilà !

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