Présentation

  • : contes-et-merveilles.com
  • contes-et-merveilles.com
  • : contes-et-merveilles "J'ai des merveilles à vous dire" ! Jean-Pierre MATHIAS, conteur professionnel de haute Bretagne Site officiel : http://www.contes-et-merveilles.com/
  • Contact

Profil

  • contes-et-merveilles.com
  • J'ai des merveilles à vous dire !
Site officiel : http://www.contes-et-merveilles.com/
Conteur professionnel de haute Bretagne
  • J'ai des merveilles à vous dire ! Site officiel : http://www.contes-et-merveilles.com/ Conteur professionnel de haute Bretagne

Recherche

Pages

10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 17:33
De la merveilleuse origine des craquelins

En complément d'une version vidéo que j'ai partagée à la Mission Bretonne, à Paris, le 16 décembre 2012 dans le cadre du festival "Contes et MerVeillent"... voici le texte d'Eugène Herpin, lequel suggère que sa fantaisie irait bien pour la période de Noël !...

C'était, il y a longtemps, longtemps. C'était, dans un des petits villages qui entourent le bourg de Pleurtuit. On était au 24 décembre. Il faisait grand froid, et depuis longtemps la neige enlinceulait toute la campagne.
Toute seule, au coin de son foyer, pleurait, à chaude larmes, la jolie Mar'Yvonnette !
Pauvre ! Pauvre Mar'Yvonnette ! C'était donc fini ! bien fini ! elle n'épouserait jamais Mar'Yvon, son bien-aimé. Et, pourquoi cela ? Parce que Mar'Yvon était trop pauvre ! Je vous le demande : est-ce que c'est donc une poignée d'écus, au fond d'un bas de laine, qui vraiment peut faire le bonheur ?
Et, cependant, le père de Mar'Yvonnette avait été bien catégorique. En partant pour la messe de minuit, dont le dernier son s'éteignait maintenant dans l'air bleu, criblé d'étoiles :
— Ma fille, avait-il dit à Mar'Yvonnette, je ne veux pas te mettre à chercher ton pain. Oh ! Je ne dis pas le contraire, Mar'Yvon est un honnête et bon gars. Mais, si dolent ! Que peut-il gagner dans sa journée ? À peine une douzaine de liards : juste de quoi ne pas périr de faim ! C'est donc bien décidé ! Quand, après la messe de minuit, il va venir savoir sa réponse, tu auras soin, suivant la coutume du village, de piquer debout, les tisons éteints, tout autour du feu que tu laisseras mourir. Le gars comprendra ce que ce langage veut dire.
— Oh ! papa, papa, je vous en supplie, ne me commandez pas cela, avait, en se traînant sur les genoux, supplié la jolie Mar'Yvonnette.
— Eh bien ! avait alors dit le père, je mets ton sort entre tes mains. À la place de grosses galettes noires, fais-moi, pour le réveillon, avec ce sarrasin, un beau gâteau aussi blanc que le lys des champs, et aussi doré que la flamme du foyer ; que ce beau gâteau craque sous la dent, comme le givre d'hiver craque en ce moment sous mon sabot, et Mar'Yvon sera ton mari.
— Mais, papa, vous me demandez l'impossible !
— L'amour, ma fille, rend ingénieux.

Lors, sa lanterne à la main, le père de Mar'Yvonnette partit pour la messe de minuit. Mar'Yvonnette entendit le givre d'argent qui craquait sous son sabot, comme le froufrou d'une robe de soie. Et Mar'Yvonnette se mit à pleurer.
Cependant, ayant séché ses jolis yeux de pervenche, Mar'Yvonnette se mit à genoux.
— Oh ! s'écria-t-elle, doux Jésus de la Crèche, vous qui pouvez tout, faites que je puisse, avec ce blé noir, façonner, pour le réveillon de papa, un gâteau blanc comme le lys des champs et doré comme la flamme du foyer. Faites encore que ce merveilleux gâteau craque sous la dent, comme craque, sous nos sabots, le givre de décembre !
« Et, toc ! toc ! Toc ! »... À ce moment, Mar'Yvonnette entendit frapper à la porte.
— Au nom du doux Jésus de la Crèche, ouvrez-moi ! disait une voix plaintive, comme un souffle d'hiver.
Mar'Yvonnette ouvrit. Dans un tourbillon de neige, entra un enfantelet. Il était tout couvert de haillons, et joignant ses menottes bleuies par le froid :
— Oh ! par pitié ! dit-il, un morceau de pain !

Aussitôt, oubliant la confection du beau gâteau dont dépendait son bonheur, la charitable Mar'Yvonnette ne songea plus qu'à vite apaiser la faim du pauvre petit. Et, pour lui faire une galette de blé noir bien chaude, elle se hâta d'étendre sa pâte de sarrasin, sur la pierre du foyer.
Mais, tout à coup, ô miracle ! Voici la table de chêne qui se couvre de vases merveilleux tout emplis de lait doux, de beurre fin, d'œufs battus, aussi jaunes que l'or, de belle farine aussi fine et blanche que la neige.
Et le petit mendiant est devenu plus joli qu'un ange. Il ressemble à l'Enfant Jésus. Autour de ses cheveux blonds, irradie une auréole. Il sourit, et le voici qui, dans ses menottes, prend le lait doux, le beurre fin, les œufs frais et la blanche farine...
Ô miracle ! ô miracle ! Voici des centaines de jolis gâteaux qui sautent sur la pierre du foyer. On dirait des écus d'or ou des étoiles du paradis.
Ô miracle ! ô miracle ! Et les merveilleux gâteaux se multiplient à l'infini. Il y en a bientôt plein la maison, plein les grandes hottes d'osier dont se sert le père de Mar'Yvonnette pour ramasser les pommes de pin qu'il vend, afin d'allumer le feu, dans le château des environs.
Et c'est, dans l'air, un exquis parfum d'encens. Et Mar'Yvonnette est tombée à genoux, en extase. Et, dans l'air, sonnent les cloches de Noël. Alléluia ! Alléluia ! !...

Et, à nouveau, s'ouvre la porte. Cette fois, c'est le père de Mar'Yvonnette qui rentre, avec Mar'Yvon.
Par la cheminée, s'est envolé comme un rayon d'aurore. L'air est encore délicieusement embaumé. L'enfant Jésus a disparu, mais Mar'Yvonnette, en extase, est toujours à genoux, près la pierre du foyer.
À son réveillon, le père de Mar'Yvonnette mangea un gâteau doré comme la flamme du foyer et blanc comme le lys des champs. En outre, ce merveilleux gâteau craquait, sous la dent, comme le givre d'hiver craque sous les sabots. C'est ce gâteau, qu'on appelle, pour cette raison, "le craquelin".
Faut-il ajouter que Mar'Yvon eut sa part du réveillon, et épousa la charitable Mar'Yvonnette ? Faut-il ajouter aussi, que, durant toute leur vie, pleine de bonheur, ils vendirent des craquelins, à la porte de l'église : de beaux craquelins d'or, qu'ils apportaient, sur leur dos, à pleines hottes d'osier ?
Et, c'est aussi, depuis lors, que, dans les petites cahutes étranges du Bourg-Neuf, en Pleurtuit, on façonne ces jolis et délicieux gâteaux qu'on entend bannir [publier], par nos rues, d'une voix si dolente : Craq'lins de Saint-Malo !

Eugène HERPIN, La Côte d'Emeraude, histoires et coutumes du Clos-Poulet, 1914 (Rennes-La Découvrance-1994, p. 195)

Et pour assouvir votre faim, voici quelques liens !

Les Craquelins de la Baie (Pays de Dol, Saint-Malo, Mont Saint-Michel), 35120 Hirel 02.99.48.19.21

Les Craquelins du Chat Noir, Francois Hautière, 35720 Plesder 02.99.69.49.57

Craquelins Bellier, ZA La Motte, 22690 Pleudihen-Sur-Rance 02.96.83.36.53

Craquelins Margely, 22350 Plumaudan (à 15 km de Dinan) 02.96.86.00.65 également sur facebook

Craquelins de Saint Malo

Descriptions, recettes, historique...

qu'est-ce qu'un craquelin
recette en images
une recette facile pour machine à pain
L'histoire, notamment en Pays de Rance

Partager cet article

contes-et-merveilles.com - dans spectacles disponibles
commenter cet article

commentaires

Lania 14/08/2013

Bonjour,
un conte blanc et or qui craque doux à croquer et que je dis fort régulièrement depuis fort longtemps sur le thème de Noël, celui de la gourmandise ou de Pleurtuit où j'ai un tout petit peu vécu.
Belle fin de journée à toi. Lania

Boutique bébés 18/08/2013

C'est très plaisant!

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog